Publié le 15 mars 2024

Contrairement à l’idée d’une annihilation totale, l’âme de Carthage n’a pas été effacée par Rome. C’est une civilisation fantôme dont l’héritage se lit en creux, non seulement dans les quelques vestiges miraculeusement préservés, mais surtout dans la propagande de ses vainqueurs et dans les influences culturelles et techniques qui infusent encore la Tunisie moderne. Ce voyage archéologique révèle que la véritable histoire de Carthage se cache souvent à la vue de tous, sous les couches de l’Histoire.

Le visiteur qui arpente aujourd’hui le site de Carthage, en banlieue de Tunis, marche sur un fantôme. Il foule les dalles des thermes d’Antonin, admire les villas romaines, mais son esprit cherche autre chose, une présence plus ancienne et plus insaisissable. Où est passée la cité d’Hannibal, la maîtresse des mers qui fit trembler Rome ? La réponse commune, celle d’une destruction totale en 146 av. J.-C., est une vérité incomplète, l’acte premier d’une histoire bien plus complexe. La plupart des guides se contentent de lister les ruines romaines, byzantines, voire vandales, laissant la Carthage punique dans une brume légendaire.

Mais si la véritable clé n’était pas de chercher ce qui a survécu, mais de comprendre comment et pourquoi si peu de choses nous sont parvenues ? Si le véritable héritage de Carthage n’était pas dans les pierres, mais dans les vides qu’elles ont laissés et dans les mythes qui ont servi à les combler ? Cet article n’est pas un simple guide touristique. C’est une enquête sur les traces d’une civilisation effacée, une exploration des couches d’un palimpseste historique pour retrouver ce qu’il reste, vraiment, de la grande rivale de Rome. Nous déterrerons les secrets de la colline de Byrsa, déconstruirons la propagande romaine, naviguerons avec les marins carthaginois et découvrirons comment leur génie invisible perdure jusqu’à nos jours.

Pour ceux qui préfèrent une approche visuelle, la vidéo suivante offre une excellente synthèse de l’ascension et de l’histoire de l’empire carthaginois, complétant parfaitement l’enquête que nous nous apprêtons à mener.

Cette exploration se déroulera en plusieurs étapes, chacune dévoilant une facette de l’héritage carthaginois. Des vestiges physiques aux influences immatérielles, nous allons assembler les pièces d’un puzzle historique fascinant.

La colline de Byrsa : où trouver les traces des habitations puniques ?

Le cœur de notre enquête commence là où battait celui de la cité punique : la colline de Byrsa. C’est ici, au sommet de l’acropole, que le drame de 146 av. J.-C. a scellé le destin de Carthage. Pourtant, contre toute attente, un fragment de ce monde a survécu. Les archéologues ont mis au jour ce que l’on nomme aujourd’hui le « quartier Hannibal ». Il ne s’agit pas d’un palais, mais d’un lambeau de vie ordinaire, un témoignage poignant de l’urbanisme carthaginois. C’est un ensemble de petites maisons, organisées le long de rues rectilignes, qui révèlent une société structurée et avancée, avec ses citernes pour la collecte de l’eau, son système d’évacuation des eaux usées, et ses murs enduits de stuc.

Le miracle de sa préservation est un paradoxe historique. Les fouilles menées par la mission archéologique française ont révélé que ce quartier a été sauvé par l’acte même qui visait à l’effacer. Après la destruction, les Romains ont arasé la colline pour construire leur propre forum, utilisant les décombres des maisons puniques comme remblai. Cet amoncellement a agi comme une capsule temporelle, protégeant sous plusieurs mètres de terre les vestiges de l’incendie final. Aujourd’hui, on peut déambuler sur une zone d’environ 300 m² de ce quartier punique préservé, datant des IIIe et IIe siècles avant J.-C., et toucher du doigt l’ultime fragment de la vie quotidienne avant la chute.

Ces ruines sont plus qu’une simple curiosité archéologique. Elles sont la première pièce à conviction de notre dossier, la preuve matérielle que l’anéantissement total est un mythe. Elles nous montrent une cité vivante, dense, organisée, loin de l’image barbare que ses ennemis ont voulu lui prêter. C’est une mémoire en palimpseste, où la ville romaine s’est écrite par-dessus la punique, sans parvenir à l’effacer complètement.

Le mythe du sel sur Carthage : vérité historique ou propagande romaine ?

Si les pierres de Byrsa racontent une histoire de survivance, les récits de Rome en racontent une d’anéantissement symbolique. L’image la plus tenace de la chute de Carthage est celle des légionnaires de Scipion Émilien déversant des tonnes de sel sur les ruines fumantes pour rendre la terre stérile à jamais. Cette scène, puissante et terrible, a façonné notre imaginaire. Pourtant, elle est très probablement fausse. C’est un chef-d’œuvre de propagande mémorielle, une histoire écrite par les vainqueurs pour justifier la brutalité de leur conquête et asseoir leur domination non seulement sur le territoire, mais aussi sur la mémoire de leur ennemi.

L’enquête historique est sans appel : contrairement à une idée reçue tenace, aucune source antique, ni latine ni grecque, ne mentionne le salage du sol de Carthage. Le sel était une denrée précieuse, et une telle opération aurait été logistiquement complexe et coûteuse. La légende a en réalité été inventée bien plus tard, par l’historien byzantin Sozomène au Ve siècle, puis popularisée par le pape Boniface VIII au XIIIe siècle, pour des raisons politiques et religieuses propres à leurs époques. Rome n’avait pas besoin de sel pour effacer Carthage ; elle l’a fait en construisant une nouvelle cité, plus grande et plus romaine, par-dessus l’ancienne.

Scipion Émilien contemplant les ruines fumantes de Carthage en 146 av. J.-C.

L’absence de ce rituel de salage ne diminue en rien la violence de la destruction. Elle la recadre. La véritable arme de Rome ne fut pas le chlorure de sodium, mais le contrôle du récit. En créant le mythe d’une cité maudite, Rome s’assurait que sa rivale ne renaîtrait jamais, ni dans les champs ni dans les esprits. Déconstruire ce mythe, c’est donc rendre justice à Carthage et commencer à distinguer l’histoire de la légende.

À quoi ressemblait la vie d’un marin carthaginois avant la chute ?

Pour trouver l’âme de Carthage, il faut quitter la terre ferme et prendre la mer. La cité n’était pas une puissance terrestre comme Rome, mais un empire thalassocratique, dont le cœur battait au rythme des rames et du commerce. La vie d’un marin carthaginois était celle d’un homme à la croisée des mondes, à la fois commerçant, explorateur et soldat. Les découvertes d’épaves puniques nous ont révélé des navires de commerce sophistiqués, capables de transporter jusqu’à 20 000 amphores remplies de vin, d’huile ou de garum, ce condiment à base de poisson fermenté dont les Carthaginois étaient de grands producteurs.

Ces marins étaient les maîtres de la Méditerranée et bien au-delà. Leur savoir-faire était un secret jalousement gardé, un mélange de science et d’expérience. Ils maîtrisaient la navigation stellaire, utilisant la position de l’étoile polaire et des constellations pour s’orienter la nuit, une technique fondamentale pour les longs voyages en haute mer. Ils connaissaient les courants et les vents comme personne, ce qui leur permettait d’établir des routes commerciales régulières s’étendant de la Phénicie (l’actuel Liban) jusqu’aux îles Cassitérides (probablement les îles Britanniques), où ils allaient chercher le précieux étain nécessaire à la fabrication du bronze.

La double fonction, militaire et commerciale, était au cœur de leur identité. Un navire marchand pouvait être rapidement adapté pour le combat. Les marins étaient formés aux manœuvres navales complexes, comme le « diekplous », qui consistait à percer la ligne de navires ennemis pour les éperonner par le flanc. Sur les côtes africaines, ils pratiquaient même le « commerce silencieux » : ils déposaient leurs marchandises sur une plage, se retiraient sur leurs navires, et attendaient que les tribus locales viennent déposer la quantité d’or qu’elles estimaient juste avant de repartir. C’était la vie d’un peuple pragmatique, audacieux et profondément lié à la mer, source de sa richesse et de sa puissance.

Les ports puniques : comment fonctionnait ce chef-d’œuvre militaire disparu ?

Le génie maritime de Carthage s’incarnait dans une structure légendaire, aujourd’hui disparue mais dont les archéologues ont pu reconstituer le plan et le fonctionnement : les ports puniques. Il ne s’agissait pas d’un simple port, mais d’un complexe dual, une merveille d’ingénierie qui séparait astucieusement les activités commerciales et militaires. L’accès depuis la mer se faisait par une entrée unique, qui menait d’abord au port commercial, de forme rectangulaire. C’était une véritable fourmilière où s’activaient les navires marchands venus de tout le monde connu, déchargeant leurs cargaisons sur de vastes quais équipés de grues.

Mais le véritable joyau était dissimulé derrière. Une passe étroite, que l’on pouvait fermer, menait au port militaire, de forme parfaitement circulaire. Cet agencement garantissait un secret absolu sur les activités de la flotte de guerre. L’îlot central, dit de l’amirauté, abritait les quartiers du commandant de la flotte et des tours de guet qui offraient une vue imprenable sur la mer. Tout autour du port circulaire, des cales de radoub couvertes permettaient, selon les estimations archéologiques, d’abriter et d’entretenir à l’abri des regards jusqu’à 220 navires de guerre. C’était le cœur stratégique de l’empire, une base navale invisible et imprenable.

Ce système portuaire n’était pas seulement fonctionnel, il était une arme. La dissimulation de la flotte permettait des attaques surprises et rendait impossible pour un ennemi d’évaluer la force navale carthaginoise. Le tableau suivant, basé sur une analyse comparative des découvertes archéologiques, résume les caractéristiques distinctes de ces deux espaces.

Comparaison entre le port commercial et le port militaire de Carthage
Caractéristique Port commercial Port militaire
Forme Rectangulaire Circulaire
Capacité Accueil de navires marchands 220 navires de guerre
Particularité Quais de déchargement Îlot central de l’amirauté
Protection Muraille côtière Dissimulation totale par des portes
Innovation Système de grues Cales de radoub couvertes

L’influence punique invisible dans la Tunisie d’aujourd’hui

Si les ports et les temples ont été rasés, le génie invisible de Carthage a survécu de manière inattendue, infusant la culture et les paysages de la Tunisie moderne. Cet héritage souterrain est peut-être le vestige le plus vivant de la civilisation punique. Il se manifeste dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’artisanat ou même la symbolique populaire. L’exemple le plus frappant est celui de l’agronomie, dont les techniques continuent d’influencer les pratiques agricoles tunisiennes.

L’héritage inattendu de Magon l’agronome

Lors du sac de Carthage, les Romains, pourtant déterminés à tout détruire, firent une exception notable. Sur ordre du Sénat, ils sauvèrent une œuvre : le monumental traité d’agronomie en 28 volumes de Magon le Carthaginois. Traduit en latin et en grec, ce traité devint une référence dans tout le monde antique. Aujourd’hui, de nombreuses techniques décrites par Magon, comme la culture de l’olivier en terrasses, les méthodes de greffe du figuier ou les systèmes d’irrigation adaptés au climat aride, sont encore perceptibles dans les campagnes tunisiennes, un savoir-faire transmis à travers plus de deux millénaires.

Cette survivance ne se limite pas à la terre. Elle se niche aussi dans les symboles. La « main de Fatma » ou « khomsa », si populaire en Tunisie et en Afrique du Nord comme protection contre le mauvais œil, présente une ressemblance troublante avec le signe de Tanit, principale déesse de Carthage. Ce symbole, un triangle surmonté d’une barre horizontale et d’un disque, représentait la déesse protectrice de la cité. Bien que les significations religieuses aient changé avec l’arrivée du judaïsme, du christianisme puis de l’islam, la fonction apotropaïque du symbole et sa forme générale semblent avoir traversé les âges, témoignant d’une continuité culturelle profonde.

Main de Fatma moderne et signe de Tanit ancien côte à côte montrant la continuité symbolique

Les 5 mosaïques qu’il ne faut absolument pas rater au Bardo

Notre enquête nous mène maintenant à l’intérieur, au Musée National du Bardo à Tunis, l’un des plus importants du bassin méditerranéen. Si le musée est mondialement célèbre pour sa collection de mosaïques romaines, il est aussi un lieu privilégié pour observer le dialogue, parfois brutal, entre les civilisations qui se sont succédé en Tunisie. Pour le passionné sur les traces de Carthage, une visite au Bardo est une étape essentielle pour voir de près les rares artefacts puniques qui ont survécu et comprendre comment Rome a imposé sa propre culture par-dessus.

Plutôt qu’une simple liste d’œuvres, considérez cette sélection comme un parcours chronologique et thématique à travers les salles du musée. C’est une feuille de route pour déchiffrer les couches de l’histoire et identifier l’héritage punique, qu’il soit direct ou qu’il se lise en creux dans l’art romain qui l’a supplanté. Les collections puniques du musée de Carthage, sur la colline de Byrsa, complètent parfaitement cette visite.

Votre feuille de route pour déchiffrer l’héritage punique au Bardo : les pièces maîtresses

  1. Les stèles votives du tophet : Commencez par le cœur de la religion punique. Ces pierres gravées sont les témoignages les plus directs et les plus nombreux de la foi des Carthaginois, bien que leur interprétation soit encore débattue.
  2. Les sarcophages anthropoïdes en marbre : Admirez ces chefs-d’œuvre de l’art funéraire, qui montrent la fusion des influences phéniciennes, grecques et égyptiennes, typique de la culture cosmopolite de Carthage.
  3. Les bijoux et amulettes puniques : Observez la finesse du travail des orfèvres carthaginois et le syncrétisme religieux à l’œuvre, avec des symboles égyptiens comme l’œil d’Horus côtoyant des motifs locaux.
  4. La collection de masques grimaçants en terre cuite : Découvrez ces objets fascinants, conçus pour effrayer les mauvais esprits et protéger les vivants. Ils sont un aperçu rare de la spiritualité populaire punique.
  5. La mosaïque du ‘Triomphe de Neptune’ : Terminez par cette œuvre romaine monumentale. Elle symbolise la prise de contrôle de Rome sur les mers, l’ancien domaine de Carthage. C’est une déclaration de pouvoir, l’art du vainqueur qui s’expose sur les ruines du vaincu.

Pourquoi les Génois ont-ils construit une forteresse sur une île de corail ?

Parfois, pour comprendre la logique d’une civilisation disparue, il faut observer comment ses successeurs ont pensé. À plusieurs centaines de kilomètres de Carthage, l’île de Tabarka offre un cas d’école fascinant de continuité stratégique maritime. Au XVIe siècle, des marchands génois, les Lomellini, y construisirent une imposante forteresse pour contrôler le commerce du corail rouge, très prisé à l’époque. Mais ils n’étaient pas les premiers à avoir compris la valeur de ce rocher posé face à la côte.

L’histoire de Tabarka est un résumé de l’histoire maritime de la Tunisie. Avant les Génois, c’était une base romaine. Et bien avant les Romains, c’était un comptoir phénicien, puis punique. Les Carthaginois utilisaient déjà Tabarka pour le commerce du corail, mais aussi comme point de relâche et de contrôle sur les routes maritimes menant vers l’ouest de la Méditerranée et le détroit de Gibraltar. Sa position, à la fois abritée et facile à défendre, en faisait un atout stratégique de premier ordre.

Le fait que les Génois, héritiers des grandes traditions maritimes italiennes et rivaux de Venise, aient choisi précisément ce même emplacement près de 2000 ans après les Puniques n’est pas une coïncidence. Cela démontre la permanence de la logique géostratégique. Les Génois, sans forcément chercher à imiter Carthage, ont appliqué les mêmes principes de contrôle des routes commerciales et des ressources précieuses. La forteresse génoise de Tabarka est donc, d’une certaine manière, un hommage involontaire au génie des navigateurs puniques qui avaient, bien avant eux, identifié le potentiel de cette « île de corail ». C’est un autre exemple de cet héritage invisible, où ce n’est pas l’objet qui survit, mais la pensée stratégique qui le sous-tend.

À retenir

  • Les traces physiques de Carthage punique, bien que rares, sont significatives, comme le quartier d’habitation de Byrsa, sauvé paradoxalement par les remblais romains.
  • Le mythe du salage de Carthage est une construction historique tardive ; la véritable arme de Rome fut la propagande et le contrôle du récit historique.
  • Le véritable héritage de Carthage est souvent immatériel : un savoir-faire maritime exceptionnel, des techniques agricoles durables et des symboles culturels qui ont traversé les millénaires.

Pourquoi la Tunisie est-elle le meilleur musée à ciel ouvert de la Méditerranée ?

Au terme de notre enquête, la réponse à la question « Que reste-t-il de Carthage ? » se révèle. Il ne reste pas une cité, mais des milliers de fragments dispersés dans le temps et l’espace, qui, une fois assemblés, dessinent le portrait d’une civilisation fascinante. Et le cadre de ce grand puzzle, c’est la Tunisie elle-même. La richesse exceptionnelle du patrimoine tunisien se traduit par 8 sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, une concentration unique qui témoigne de la profondeur historique du pays.

La Tunisie n’est pas un pays avec des ruines ; c’est un pays qui est une ruine, au sens noble du terme. Un palimpseste à l’échelle d’une nation, où chaque colline, chaque plaine, chaque port raconte une histoire de conquête et de fusion. On y trouve le mausolée libyco-punique de Dougga, témoin du royaume numide allié puis rival de Carthage ; l’amphithéâtre colossal d’El Jem, symbole de la puissance de la Rome impériale ; les basiliques de Carthage, qui rappellent l’importance de la province dans les premiers temps du christianisme ; et la Grande Mosquée de Kairouan, phare de la civilisation arabo-musulmane.

Le tableau ci-dessous, qui synthétise les strates civilisationnelles visibles en Tunisie à partir d’une analyse des principaux sites archéologiques, illustre parfaitement ce concept de musée à ciel ouvert.

Les strates civilisationnelles visibles en Tunisie
Période Site emblématique Vestige principal
Punique (814-146 av. J.-C.) Carthage – Byrsa Quartier d’habitations
Numide (202-46 av. J.-C.) Dougga Mausolée libyco-punique
Romaine (146 av. J.-C. – 439 ap. J.-C.) El Jem Amphithéâtre
Byzantine (534-698) Carthage Basiliques chrétiennes
Arabo-musulmane (698-) Kairouan Grande Mosquée

Pour apprécier pleinement cette richesse, il est fondamental de comprendre que chaque strate historique s'est construite sur la précédente, créant un dialogue unique à travers les siècles.

Explorer la Tunisie, c’est donc voyager à travers 3000 ans d’histoire méditerranéenne. C’est accepter de ne pas trouver une Carthage intacte, mais de la débusquer dans le plan d’un port, dans une technique agricole, dans un symbole gravé ou dans la logique d’une forteresse. C’est devenir soi-même un archéologue du temps, lisant entre les lignes des récits romains et entre les pierres des civilisations successives. La véritable rivale de Rome n’est pas morte ; elle sommeille, partout, sous le sol et dans l’âme de la Tunisie.

Rédigé par Karim Ben Youssef, Docteur en Archéologie et Histoire Antique, Karim est un chercheur tunisien spécialisé dans les civilisations punique et romaine avec 15 ans d'expérience sur les sites de fouilles. Il dirige des conférences universitaires et collabore régulièrement avec l'Institut National du Patrimoine pour la valorisation des sites UNESCO.