Publié le 12 mars 2024

Le Ribat de Monastir offre un cadre cinématographique spectaculaire, idéal pour des compositions larges, tandis que Sousse propose une atmosphère plus intime et texturée, parfaite pour capturer l’âme de la Médina.

  • Monastir : Vues dégagées sur la mer et le mausolée de Bourguiba, escaliers plus accessibles, mais sommet moins sécurisé.
  • Sousse : Vue plongeante sur les toits de la Médina, escalier plus vertigineux mais tour plus sécurisée au sommet.

Recommandation : Choisissez Monastir pour le grand spectacle et les références pop culture (Monty Python). Préférez Sousse pour une photographie d’ambiance, intégrée à la vie de la vieille ville.

Face aux remparts dorés de la côte tunisienne, le photographe et l’amateur d’histoire se posent une question cruciale : faut-il privilégier le Ribat de Monastir ou celui de Sousse ? À première vue, la réponse semble simple : les deux sont des joyaux d’architecture militaire islamique. Les guides touristiques vantent les vues panoramiques des deux côtés, mentionnent leur importance stratégique et leur beauté austère. On vous conseillera de visiter les deux si le temps le permet, sans réellement vous aider à arbitrer si vous n’avez qu’une seule cartouche photographique à tirer.

Pourtant, cette approche passe à côté de l’essentiel. La véritable différence entre ces deux forteresses ne réside pas dans leur âge ou leur taille, mais dans le récit photographique qu’elles permettent de construire. L’un est une scène de théâtre monumentale, ouverte sur la mer et l’histoire moderne ; l’autre est un belvédère intimiste, plongeant dans le cœur vibrant de la Médina. Choisir entre Monastir et Sousse, c’est choisir sa narration visuelle, sa palette lumineuse et la grammaire de ses compositions.

Cet article dépasse la simple comparaison de caractéristiques pour vous offrir un véritable outil de décision. Nous allons analyser chaque Ribat à travers l’objectif d’un photographe d’architecture : quel type d’histoire chaque vue raconte-t-elle ? Quelle forteresse vous offrira les meilleures textures, les ombres les plus graphiques, et le contexte le plus évocateur ? Préparez-vous à découvrir non pas quelle vue est la « meilleure », mais laquelle est la vôtre.

Pour vous aider à faire le choix le plus éclairé pour vos futures compositions, nous allons décortiquer les aspects qui définissent le caractère unique de chaque site. De l’histoire de leurs habitants à l’accessibilité de leurs tours, en passant par leur potentiel cinématographique et les secrets pour y capturer la lumière parfaite, ce guide vous donnera toutes les clés.

Moines-soldats : qui étaient vraiment les habitants de ces forteresses ?

Pour capturer l’âme d’un Ribat, il faut d’abord comprendre celle de ses habitants originels. Loin d’être de simples garnisons, ces forteresses côtières étaient peuplées de mourabitoun, des moines-soldats qui menaient une double vie de contemplation spirituelle et de défense acharnée. Comprendre cette dualité est la clé pour lire l’architecture et la retranscrire en image. Les murs épais et les meurtrières ne racontent pas seulement la guerre, mais aussi la quête de tranquillité. Le Ribat de Monastir, dont la fondation remonte à 796 après J.-C. sur ordre du gouverneur Harthama ibn A’yan, est l’un des plus anciens et des plus imposants de ce réseau défensif aghlabide.

L’étude de cas du Ribat de Sousse illustre parfaitement cette symbiose. Sa salle de prière, un espace de recueillement, est ingénieusement conçue avec des ouvertures dans le mur de la qibla. Comme le souligne une analyse du Patrimoine de Tunisie, ces passages permettaient aux fidèles de se muer instantanément en guerriers pour défendre le fort. Pour un photographe, cela se traduit par une grammaire visuelle unique : les arcs sobres de la salle de prière qui encadrent des vues sur les cours austères, créant un dialogue entre le sacré et le martial. C’est l’opportunité de composer des images qui racontent cette tension, en jouant avec la lumière filtrant dans la salle de prière pour éclairer les couloirs défensifs.

Avec le temps, la menace militaire s’est estompée, laissant place à la vocation spirituelle. Comme le note l’historienne Saloua Zangar pour le Discover Islamic Art Virtual Museum :

Le ribat a perdu son rôle militaire et gardé une vocation essentiellement spirituelle. Plusieurs ribat furent transformés en écoles de sciences religieuses

– Saloua Zangar, Discover Islamic Art Virtual Museum

Cette transformation se lit dans les ajouts et les modifications des structures, offrant au photographe des couches d’histoire à explorer. Photographier un Ribat, c’est donc capturer non seulement une forteresse, mais un lieu où la prière et l’épée ont coexisté, modelant chaque pierre.

L’escalier du Nador : est-il accessible aux personnes sujettes au vertige ?

La promesse d’une vue panoramique est l’attrait principal des Ribats, mais l’ascension de la tour de guet, ou Nador, est une expérience en soi qui conditionne fortement le choix entre Monastir et Sousse, surtout pour les personnes sensibles au vertige. Visuellement, l’escalier est un sujet photographique puissant, un jeu de lignes et d’ombres. Mais sa praticité est un critère décisif. Le choix entre les deux Ribats peut se jouer sur la nature même de leur ascension.

Escalier en colimaçon étroit d'une tour médiévale avec jeu d'ombres et de lumières

Le témoignage d’un visiteur à Monastir est éloquent : « Nous avons vraiment apprécié notre promenade dans le Ribat, bien que nous ayons eu mal le lendemain après avoir monté tous les escaliers jusqu’au sommet. […] Attention en montant les escaliers ! Et ne vous penchez pas trop ! ». Cela souligne un point crucial : l’ascension est un effort, et la sécurité au sommet de Monastir est perçue comme perfectible, avec des barrières parfois jugées insuffisantes. Pour le photographe, cela signifie à la fois une vue plus dégagée, sans obstacle visuel, mais aussi une plus grande prudence requise.

Le tableau comparatif suivant synthétise les différences clés pour vous aider à choisir selon votre confort et vos priorités photographiques.

Comparaison de l’accessibilité des tours de guet de Monastir et Sousse
Caractéristique Ribat de Monastir Ribat de Sousse
Prix d’entrée 8 dinars adultes / 2 dinars enfants 7 dinars
Escaliers Étroits avec paliers multiples Très étroits, montée rapide
Hauteur de la tour Nador avec vue à 360° Tour cylindrique de 11m
Sécurité Barrières manquantes au sommet Plus sécurisé
Difficulté pour le vertige Modérée (vue sur mer) Élevée (escalier plus raide)

En résumé, le Ribat de Monastir, avec ses paliers, offre une ascension peut-être moins anxiogène, mais un sommet qui demande de la vigilance. C’est le choix du spectacle monumental où le panorama l’emporte. Le Ribat de Sousse, avec son escalier plus raide et direct, représente un défi plus grand pour ceux qui ont le vertige, mais offre en récompense un sommet mieux sécurisé, permettant de se concentrer sur la composition d’une vue plus texturée sur la Médina. Le choix est donc un arbitrage entre confort d’ascension et sensation de sécurité au sommet.

Monty Python : dans quel Ribat ont été tournées les scènes cultes ?

Pour de nombreux cinéphiles, une forteresse n’est pas seulement un monument historique, mais aussi un décor de cinéma potentiel. Sur ce point, le Ribat de Monastir possède un avantage narratif indéniable : il a servi de toile de fond à l’un des films les plus cultes de l’histoire, « La Vie de Brian » des Monty Python. Cet héritage cinématographique offre une couche de lecture supplémentaire et une source d’inspiration unique pour le photographe. Se tenir là où Brian a prononcé son sermon ou où la fameuse scène « Welease Woger! » a été filmée transforme la visite en un pèlerinage ludique.

Comme le détaille le site spécialisé Movie-Locations.com, le tournage de 1978 a largement profité des décors laissés par le « Jésus de Nazareth » de Franco Zeffirelli, tourné peu de temps avant. Le Ribat de Monastir a ainsi incarné plusieurs lieux de Jérusalem. Pour le photographe, cela signifie la possibilité de créer un récit photographique en deux temps : capturer l’architecture médiévale pour ce qu’elle est, puis retrouver les angles de caméra précis du film pour un clin d’œil pop culture. C’est une opportunité de jouer avec les attentes du spectateur, en juxtaposant la solennité du lieu et le souvenir de la comédie burlesque.

L’expérience de l’équipe des Monty Python avec les techniciens locaux, habitués aux superproductions, ajoute une anecdote savoureuse. Terry Jones, l’un des réalisateurs, racontait avec humour :

Ils étaient tous très avertis car ils avaient tous travaillé pour Franco Zeffirelli sur Jésus de Nazareth, alors j’avais ces Tunisiens âgés qui me disaient : ‘Eh bien, M. Zeffirelli n’aurait pas fait comme ça, vous savez’

– Terry Jones, Monty Python’s Life of Brian – Wikipedia

Si la Kasbah de Sousse a également été utilisée pour représenter les murs extérieurs de Jérusalem, c’est bien le Ribat de Monastir qui est au cœur de l’action. Pour le photographe qui cherche à raconter une histoire qui mêle grande histoire et culture populaire, Monastir est donc le choix incontournable. Il offre une dimension ludique que Sousse, plus austère dans son historicité, ne possède pas.

Coucher de soleil sur le Ribat : pourquoi c’est l’heure d’or pour les photographes ?

Tout photographe sait que la lumière n’est pas un détail, c’est le sujet principal. Pour un site comme un Ribat, l’heure dorée – ce court instant avant le coucher du soleil – transforme la pierre en or et les ombres en lignes graphiques puissantes. C’est à ce moment que la forteresse révèle sa texture, son relief et son âme. Le choix entre Monastir et Sousse peut aussi dépendre de la palette lumineuse que vous recherchez. Les deux offrent des spectacles magnifiques, mais avec des narrations visuelles distinctes.

Photographe silhouetté capturant le coucher de soleil depuis une tour fortifiée avec vue sur la mer

Au Ribat de Monastir, la vue est orientée vers la mer et l’imposant mausolée de Bourguiba. Au coucher du soleil, la lumière rasante sculpte les remparts et crée un contre-jour spectaculaire sur le mausolée. C’est un spectacle monumental, presque théâtral. L’usage d’un téléobjectif permet d’isoler des détails architecturaux, de compresser les perspectives et de faire dialoguer la forteresse médiévale avec le monument du 20ème siècle. Au Ribat de Sousse, la vue plonge sur la Médina. L’heure dorée y est plus intime : les ombres s’allongent sur les toits-terrasses, révélant la vie de la vieille ville. Un objectif grand-angle y est roi pour capturer l’étendue de ce tapis urbain et la composition texturée qu’il dessine.

Pour réussir vos clichés, une bonne préparation est essentielle. Il ne s’agit pas seulement d’être là au bon moment, mais de savoir où se placer et quoi regarder.

Votre plan d’action pour la photo à l’heure dorée

  1. Repérage : Visitez en fin d’après-midi pour identifier vos angles de prise de vue et les meilleurs spots avant que la lumière ne devienne parfaite.
  2. Matériel : À Monastir, privilégiez un téléobjectif pour isoler le mausolée. À Sousse, un grand-angle capturera l’ampleur de la Médina.
  3. Positionnement : Montez au sommet du Nador au moins 30 minutes avant le coucher du soleil pour sécuriser la meilleure place, loin de la foule potentielle.
  4. Patience : Ne partez pas juste après que le soleil a disparu. L’heure bleue qui suit offre un contraste magique entre la silhouette sombre du Ribat et les lumières naissantes de la ville.
  5. Composition : Utilisez les créneaux, les arches et les escaliers comme cadres naturels pour vos images, afin de créer de la profondeur et de guider le regard.

Finalement, l’heure dorée n’est pas juste un « beau moment », c’est l’instant où le récit photographique du lieu atteint son apogée. Monastir offre une épopée visuelle, Sousse une chronique urbaine.

Le billet couplé Ribat + Grande Mosquée : est-ce une bonne affaire ?

Au-delà de l’aspect purement photographique, la décision de visiter l’un ou l’autre Ribat peut aussi reposer sur des considérations pratiques, comme le budget et la valeur perçue de la visite. La question des billets couplés, souvent proposés dans les zones touristiques denses, se pose. Est-ce une réelle économie ou une fausse bonne idée ? À Monastir, le Ribat est situé juste à côté de la Grande Mosquée, ce qui rend l’idée d’un billet combiné pertinente.

Actuellement, les informations disponibles indiquent un prix d’entrée simple pour le Ribat de Monastir. Selon des données touristiques récentes, l’entrée au Ribat de Monastir coûte 8 dinars tunisiens pour les adultes (environ 2,50 €) et 2 dinars pour les enfants. Ce tarif est très abordable et donne accès à l’ensemble de la forteresse, y compris la tour de guet. La question n’est donc pas tant le coût, mais le rapport entre le prix, le temps passé et la richesse de l’expérience.

Le retour d’expérience des visiteurs est souvent le meilleur indicateur. Un témoignage sur la visite de Monastir est particulièrement clair : « 100% worth the money spent! […] So many alleyways and hidden rooms to discover. Plenty of places to also get away from the sun. Must better than Ribat of Sousse. » Cet avis met en lumière plusieurs points forts de Monastir : un excellent rapport qualité-prix, une complexité architecturale qui invite à l’exploration et des zones d’ombre appréciables sous le soleil tunisien. La comparaison directe et favorable avec Sousse suggère une expérience jugée plus complète à Monastir pour un prix similaire.

Concernant un billet couplé, même s’il n’est pas systématiquement proposé, il est judicieux de se renseigner sur place. L’intérêt d’un tel billet dépend de votre programme. Si vous prévoyez de visiter la Grande Mosquée de Monastir (attention, l’accès à la salle de prière est réservé aux musulmans), un billet combiné pourrait vous faire économiser un ou deux dinars. Cependant, compte tenu du coût déjà très bas des entrées individuelles, l’économie reste marginale. La véritable « bonne affaire » réside dans la richesse de la visite du Ribat lui-même, qui justifie amplement son prix d’entrée, qu’il soit acheté seul ou en pack.

Où trouver les plus beaux toits-terrasses accessibles de la Médina ?

La vue depuis le sommet d’un Ribat n’est pas seulement une fin en soi ; c’est aussi un formidable outil de repérage. Que ce soit à Monastir ou à Sousse, le panorama offert depuis le Nador est une carte en 3D qui vous permet de planifier la suite de votre exploration photographique. C’est particulièrement vrai pour Sousse, où la vue plonge directement dans le labyrinthe de la Médina. Le regard du photographe peut alors scanner l’horizon, non pas pour la beauté du paysage, mais pour identifier des opportunités de composition futures.

Depuis la tour de guet du Ribat de Sousse, l’œil est immédiatement attiré par la mosaïque des toits-terrasses. Certains sont privés, d’autres abandonnés, mais quelques-uns abritent des cafés ou des restaurants discrets. Ce sont des pépites pour tout photographe cherchant un point de vue alternatif sur la vieille ville. Le Ribat devient ainsi une sorte de tour de contrôle visuelle. Il permet de repérer ces lieux en hauteur, de juger de leur orientation par rapport au soleil et d’imaginer les clichés qu’on pourrait y réaliser plus tard dans la journée, par exemple avec la lumière douce du matin ou l’animation du soir.

Comme le souligne un guide touristique, cette fonction pratique est l’une des valeurs ajoutées de la visite :

La vue panoramique depuis le Nador permet de repérer les cafés et restaurants avec toits-terrasses, transformant la visite en un outil de planification pour le reste du séjour

– Guide touristique, Virtual Trip – Guide de Monastir

Cette approche est moins pertinente à Monastir, où la vue est dominée par la mer et des structures plus espacées. C’est donc un avantage stratégique majeur pour le Ribat de Sousse. La visite n’est plus seulement une expérience verticale (monter, regarder, descendre), mais le point de départ d’une exploration horizontale de la Médina. Le photographe ne se contente pas de consommer une vue ; il l’utilise pour construire son propre parcours, cherchant à capturer l’essence de la ville depuis ses artères les plus élevées.

À quelle heure visiter les sites archéologiques pour des photos spectaculaires ?

La question du « quand » est aussi importante que le « où » en photographie. Pour des structures anciennes comme les Ribats, la lumière du jour modèle radicalement leur apparence. Une visite à midi sous un soleil de plomb produira des ombres dures et des contrastes écrasants, un style graphique qui peut être intéressant mais souvent difficile à maîtriser. À l’inverse, une visite aux heures où le soleil est bas sur l’horizon révélera les textures, les volumes et créera une atmosphère beaucoup plus riche. Choisir le bon créneau horaire est donc un acte photographique à part entière.

Un visiteur ayant privilégié la fin de journée à Monastir confirme cette stratégie : « Nous sommes venus ici la dernière heure juste avant le coucher du soleil et l’endroit était presque vide. […] les vues depuis le Ribat étaient à couper le souffle. » Ce témoignage met en évidence un double avantage : une lumière de bien meilleure qualité et une fréquentation touristique réduite, deux conditions idéales pour tout photographe. Vous avez non seulement une plus belle palette lumineuse, mais aussi le champ libre pour composer vos images sans être gêné.

Pour optimiser votre visite, voici une décomposition des moments clés de la journée et du type de récit photographique qu’ils permettent de construire :

  • Aube (6h-8h) : Idéale pour le Ribat de Monastir. Sa façade principale, orientée vers l’est, est baignée d’une lumière douce et directe qui sublime la couleur de la pierre.
  • Matinée (9h-11h) : Les ombres sont encore longues et bien dessinées. C’est le moment parfait pour explorer les cours intérieures des deux Ribats et jouer avec les lignes architecturales.
  • Midi (12h-14h) : À éviter pour des portraits ou des vues d’ensemble flatteuses. C’est cependant un moment intéressant pour la photographie abstraite ou graphique, en se concentrant sur les ombres très courtes et très denses.
  • Fin d’après-midi (16h-18h) : L’heure dorée. C’est le créneau à ne pas manquer pour les vues panoramiques depuis les tours, que ce soit à Monastir ou à Sousse. La lumière rasante révèle chaque détail de la maçonnerie.
  • Heure bleue (30 min après le coucher du soleil) : Ne quittez pas les lieux trop vite. Depuis le sommet, le contraste entre la silhouette du fort qui s’assombrit et les lumières de la ville qui s’allument crée une ambiance magique et des opportunités de photos uniques.

Chaque moment de la journée offre une grammaire visuelle différente. La décision dépend de l’histoire que vous souhaitez raconter : la quiétude de l’aube, le dynamisme des ombres matinales, ou la poésie dramatique du crépuscule.

À retenir

  • Le choix entre Monastir et Sousse est avant tout un choix de narration photographique : le spectacle monumental contre l’intimité texturée.
  • Monastir brille par son échelle cinématographique, ses vues sur la mer et son lien avec la pop culture (Monty Python).
  • Sousse offre une composition plus intégrée, avec une vue plongeante sur la Médina qui transforme la visite en outil de repérage.

Forts espagnols et ottomans : comprendre la stratégie militaire du 16ème siècle

Pour un amateur d’histoire militaire, un Ribat n’est pas une structure statique, mais le témoin d’une évolution constante des techniques de guerre. Observer les différentes strates de construction, c’est comme lire un manuel de stratégie à ciel ouvert. Les Ribats de Monastir et de Sousse, initialement conçus pour repousser les raids byzantins, ont dû s’adapter au fil des siècles à de nouvelles menaces, notamment l’arrivée de la puissante artillerie ottomane et espagnole au 16ème siècle. Cette adaptation est visible dans leur chair et offre un sujet passionnant pour le photographe-historien.

Le Ribat de Monastir est un cas d’école de cette transformation. Sa structure originelle, conçue pour résister aux flèches et aux engins de siège médiévaux, est devenue vulnérable face aux canons. En réponse, d’importants travaux ont été entrepris. Des tours polygonales et circulaires massives ont été ajoutées pour accueillir des pièces d’artillerie, rendant la forteresse apte à la guerre moderne. Les bastions ajoutés par Hussein Bey au 19ème siècle sont la dernière étape de cette course à l’armement. La superficie du Ribat a ainsi considérablement augmenté, passant à plus de 4 200 m² pour s’adapter à ces nouvelles fonctions défensives.

Étude de cas : L’adaptation militaire du Ribat de Monastir

Face au développement de l’artillerie, l’architecture défensive médiévale est devenue obsolète. Le Ribat de Monastir a donc connu plusieurs vagues de modernisation. Dès le 17ème siècle, des tours ont été ajoutées pour résister aux boulets de canon et pour servir de plateformes d’artillerie. Les travaux de 1704, puis ceux de Hussein Bey entre 1823 et 1835, ont doté le fort de bastions bas et épais, typiques des fortifications de l’ère du canon. Ces ajouts contrastent visiblement avec les murs plus hauts et plus fins de la structure aghlabide originelle, témoignant de l’évolution des stratégies militaires sur près de mille ans.

Pour le photographe, cette stratification historique est une mine d’or. Elle permet de créer des compositions qui mettent en évidence le dialogue entre les différentes époques. On peut cadrer une fine meurtrière médiévale avec en arrière-plan une large embrasure à canon ottomane. C’est l’occasion de raconter visuellement comment la peur de l’ennemi a modelé la pierre, passant de la défense en hauteur à une défense massive et ancrée au sol. Sousse a connu des évolutions similaires, mais c’est à Monastir que ces ajouts successifs sont les plus spectaculaires et lisibles.

Pour apprécier pleinement ces lieux, il faut savoir lire dans leurs murs les évolutions de la pensée stratégique et militaire à travers les âges.

Maintenant que vous connaissez la grammaire visuelle et le récit historique de chaque forteresse, il est temps de choisir votre toile de fond. La décision vous appartient : le drame cinématographique de Monastir ou la chronique urbaine de Sousse. Préparez votre matériel et partez capturer le récit photographique qui vous parle le plus.

Rédigé par Karim Ben Youssef, Docteur en Archéologie et Histoire Antique, Karim est un chercheur tunisien spécialisé dans les civilisations punique et romaine avec 15 ans d'expérience sur les sites de fouilles. Il dirige des conférences universitaires et collabore régulièrement avec l'Institut National du Patrimoine pour la valorisation des sites UNESCO.